Burkina Faso : Gestion de forêts communales : Qu’en est-il dans un contexte de délégations spéciales ?

mercredi 11 février 2015
par  Sémablegné

A l’initiative de l’association Média’Vert en partenariat avec la Direction des forêts et l’ONG Tree Aid, des journalistes ont effectué, les 30 et 31 janvier 2015, une mission dans les communes de Diapangou et de Fada N’Gourma (région de l’Est), pour appréhender au mieux, la gestion des ressources forestières locales dans un contexte de délégations spéciales.

En rappel, par un décret daté du 17 novembre 2014, Yacouba Isaac Zida, alors Chef de l’Etat burkinabè d’après insurrection, prononçait à la fois la dissolution des conseils municipaux et régionaux, et l’installation de délégations spéciales dans toutes les communes et régions de notre pays. C’est ainsi que la délégation spéciale de la commune rurale de Diapangou a été installée le 29 décembre 2014, et celle de la commune urbaine de Fada N’Gourma, le 30 décembre 2014. Ce sont ces délégations spéciales qui font office d’exécutifs locaux ; et ce, jusqu’à l’entrée en fonction de nouveaux conseillers à élire dans le cadre des prochaines élections municipales annoncées pour se tenir le 31 janvier 2016. C’est donc à elles que revient la charge de gérer les questions environnementales de concert avec les communautés à la base. Dans ce sens, et s’inspirant de l’organisation des conseils municipaux, ces délégations spéciales ont mis en place une commission en charge de l’Environnement et du développement local. Il en est du moins, ainsi au sein de la délégation spéciale de la commune de Diapangou. Une commune qui bénéficie depuis 2007, tout comme la comme de Fada N’Gourma, d’un projet de gouvernance locale des ressources financières porté par l’ONG Tree Aid. Un projet qui, depuis 2011, est financé par la Coopération suédoise (ASDI) et intervient dans les communes - en plus des deux précitées - de Seguenega, Gomponssom, Latodin, Basalagho, Noberé, et Pô. Grâce à ce projet, ces communes - du moins Fada et Diapangou - ont été dotées en conseillers techniques communaux, en ressources financières et matérielles. En sus, à Diapangou par exemple, les populations des douze villages riverains aux deux forêts – la forêt communale de « Wakou » d’une superficie de 185 ha et la zone sylvopastorale de 635 ha – concernées par ledit projet, ont été organisées en comités villageois de gestion, puis en comité intervillageois de gestion, ainsi qu’en seize groupes d’entreprises forestières villageoises. Les communautés ainsi organisées et dotées en matériels, assurent – avec l’appui de deux conseillers techniques communaux - la gestion quotidienne desdites forêts. Les délégations spéciales assurent la coordination administrative et financière… C’est sur cette même organisation des populations que s’appuie - à travers un schéma copié avec le conseil municipal dissout- la délégation spéciale de Diapangou. En effet, la délégation spéciale a mis en place une commission ad hoc chargée de l’Environnement et du développement local. Une commission présidée par le Chef du service départemental de l’Environnement, Yadenou Nabié, et chargée du suivi de la mise en œuvre du projet de gouvernance locale de gestion des ressources forestières. Les membres de cette commission et les conseillers techniques communaux forment l’équipe de coordination technique dudit projet. Et sa coordination administrative et financière, est assurée conjointement par le président de la délégation spéciale qui est le préfet du département de Diapangou, le secrétaire général de la mairie, le responsable des affaires financières de la mairie, tous membres de la délégation spéciale. Une délégation spéciale qui, à en croire François K. Lompo (un de deux conseillers techniques communaux), a été située et sur les enjeux du projet en question et sur les défis qui les attendent en matière de gestion forestière. Déjà, confie François Lompo, l’ONG Tree Aid a appuyé la délégation spéciale avec quelques ressources pour pouvoir démarrer la mise en œuvre d’un plan d’actions 2014-2015 prévoyant entre autres, le bornage de la forêt, la fixation de plaques et de murets signalétiques, la dotation en matériels de transformation des produits forestiers et en matériels d’exploitation de miel. La délégation spéciale s’investira aussi, à en croire le président de la commission en charge de l’environnement, dans la sensibilisation et le renforcement des capacités par rapport à certaines « activités techniques » que les communautés « ne maîtrisent pas encore ». Les membres de cette commission, à en croire son président Yadenou Nabié, sont en train de faire le tour des villages environnants pour recenser les préoccupations des différents acteurs. Et M. Nabié de préciser, « A la fin de ces tournées, nous allons soumettre un rapport au président de la délégation spéciale ». Déjà, les populations du village de Wakou demandent le changement de la dénomination ‘’Forêt communale de Wakou’’ en ‘’Forêt sacrée de Wakou’’. Il s’agit en effet, d’une forêt qui abrite un lieu sacré ; et c’est, semble-t-il, là-bas que sont ensevelis les patriarches du village. Et Salif Yada, le maire déchu de Diapangou de rappeler que dans les négociations qui ont abouti à la communalisation de la forêt, « tout le monde avait accepté que ce soit forêt communale de Diapangou ». Et d’ajouter, « Mais si cela pose problème, et que les populations veulent qu’elle soit rebaptisée ‘’forêt sacrée de wakou’’, et si cela peut contribuer à la pérennisation de la forêt, ça ne pose aucun problème ». A l’en croire, le conseil municipal avait « envisagé des aménagements qui ne puissent pas nuire aux pratiques coutumières dans la forêt ». La demande étant soulevée avec insistance, M. Nabié dit y voire une préoccupation ; préoccupation prise au sérieux et qui sera examinée. Pour consolider les acquis après la fin – en juin prochain - du projet de l’ONG Tree Aid qui a recruté les deux conseillers techniques, les comités villageois de gestion des deux forêts de la commune de Diapangou ont commencé à recevoir chaque mois, des formations spécifiques. C’est du moins, ce qu’a confié François Lompo qui a précisé en sus, que la collaboration des communautés locales avec les services forestiers a été renforcée. Et d’ajouter, « On a signé une feuille de route avec les services forestiers qui vont se substituer à nous en assurant notamment des formations ».

Pour en savoir plus :http://www.lefaso.net/spip.php?arti...


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