L’EDD en Francophonie

mercredi 28 mars 2012
par  Christian Payeur

Afin de pouvoir contribuer à éclairer la situation de l’éducation en vue d’un développement durable au sein de la Francophonie, le CSFEF a mené une enquête auprès des syndicats de l’enseignement des pays de la Francophonie. Ce sont les principaux éléments des résultats de cette enquête que nous présentons ici.

La présente synthèse n’a pas la prétention d’être exhaustive et nous invitons toute personne intéressée par l’EDD à nous faire connaître les faits les plus pertinents pour compléter ce portrait. Une information plus complète est aussi disponible pour chacun des pays ayant participé à notre enquête sous la rubrique Fiches Pays. Nous avons aussi regroupé l’information par thèmes pour faciliter la recherche d’informations. Cette information sera mise à jour régulièrement.

L’intégration de l’EDD dans les programmes de formation

Il existe des modalités variées d’intégration de l’EDD selon les pays et les niveaux d’enseignement. Pour la plupart des pays pour lesquels nous avons obtenu des informations, les programmes de formation (curricula) ont été révisés pour y intégrer l’EDD, principalement sous l’angle des préoccupations environnementales. En Haïti, l’EDD demeure le fait d’initiatives isolées, mais l’État s’est engagé à reviser les programmes pour y intégrer l’EDD.

A titre d’exemple, le Burkina Faso a produit des guides sur l’intégration de la préoccupation de l’environnement et du développement durable offrant des fiches pédagogiques sur différents thèmes ou matières (géographie, pauvreté, protection des milieux de vie, scolarisation des filles, etc.). La Côte-d’Ivoire a aussi produit un programme par compétences pour l’éducation civique et morale qui aborde différentes facettes du développement durable autour des droits humains. Le Sénégal a mis en place un programme global intégrant le développement durable de manière multidimensionnelle.

Pour la formation de base, on privilégie une intégration des thèmes relatifs à l’EDD dans différentes matières. Les thèmes les plus courants sont la santé, les conditions sanitaires, la pauvreté et l’exercice de la citoyenneté. En éducation civique et morale, on intégrera différentes préoccupations relatives à l’environnement et au développement durable. est notamment le cas au Gabon.

Pour le lycée et l’enseignement universitaire, certaines disciplines sont davantage visées ou sollicitées, notamment les sciences. On prévoit aussi des modules et des cours qui s’intègrent dans différents programmes. On y retrouve des cours dédiés aux préoccupations environnementales adaptés aux différentes disciplines enseignées (droit, science politique, sciences de la santé, etc.)

L’EDD comme élément d’une politique globale

Plusieurs pays mentionnent la présence d’une politique globale favorable à l’environnement et au développement durable comme élément déclencheur ou facilitateur du développement de l’EDD.

Ainsi, au Niger, on a créé le Conseil national pour un développement durable pour la mise en œuvre du Sommet de Rio (1992), qui sera suivi le la mise en place de la Cellule pour la généralisation et la pérennisation de l’éducation environnementale (CGPE) en 2001 pour généraliser l’EED.

Phénomène comparable pour le Burkina Faso, avec l’adoption d’un code de l’environnement, de la création d’un ministère de l’environnement et du développement durable ainsi que d’une direction de l’éducation environnementale au sein du ministère de l’environnement et du cadre de vie.

Au Togo, on a développé le projet Education en matière de Population et la Santé de Reproduction pour un Développement humain, Durable. Dans le cas de la République démocratique du Congo, l’accès à l’éducation primaire et l’éducation à la citoyenneté figurent parmi les priorités de l’EDD. Au Maroc, les initiatives en EDD s’inscrivent d’emblée dans une démarche globale de développement durable.

Au Nord, notamment au Québec, en Ontario, en France et en Suisse, on observe une intégration transversale de l’EDD au sein des programmes d’enseignement. Ces politiques s’inscrivent dans une politique plus vaste de développement durable.

Un effort variable et insuffisant de formation des enseignantes et enseignants.

On observe une intégration progressive de l’EDD à la formation initiale des maîtres. Cette politique semble se répandre.

Pour les enseignantes et enseignants en exercice, on relève une offre limitée mais aux thèmes diversifiés, se concentrant généralement sur une priorité du pays concerné. Ainsi, on note la disponibilité d’un module de formation sur l’hygiène et l’assainissement au Niger, un autre sur la protection de la nature au Cameroun, sur l’assainissement des écoles et de certaines places en Guinée et sur la citoyenneté en RDC. Au Togo, on retrouve un module de formation offert aux enseignants et enseignantes qui a pour thème la santé de la reproduction, l’équité de genre, environnement, éducation, le développement humain durable.

Le Burkina Faso a développé des guides permettant d’intégrer l’EDD. Le Tchad inscrit son effort en EDD dans le cadre de la formation offerte en appui à la révision des programmes de formation. Au Gabon, le Ministère de l’Éducation nationale, le Ministère de l’Environnement et l’UNESCO ont développé un outil permettant l’étude des sols, du positionnement géographique et des saisons. Au Sénégal, plusieurs modules de formation offerts aux enseignants intègrent la préoccupation du développement durable : module gestion de l’environnement, module sur les apprentissages agricoles, module sur la prévention des maladies endémiques.

Le Maroc développe un projet pilote concernant l’eau douce.

Les syndicats de l’enseignement sont aussi actifs en EDD : programme de formation pour leurs membres, journées d’action, etc. On recense de telles initiatives syndicales au Burkina Faso, au Niger, au Mali, au Tchad. La coopération contribue aussi à accroître les ressources disponibles pour les enseignantes et enseignants (voir à ce propos le projet de la CSQ avec les syndicats du Burkina Faso, du Mali et du Niger dans la section sur la coopération).

Pour les pays du Nord, on recense plusieurs initiatives de formation s’appuyant sur des OBNL, généralement en lien avec les organisations syndicales du milieu de l’éducation :

-  Au Québec, le réseau des Établissements Verts Brundtland (EVB) de la CSQ.
-  En Ontario, l’éducation au service de la terre (LST).
-  En Suisse, FED (Fondation Education et Développement) et de la FEE (Fondation Education à l’Environnement).
-  En France, le site Éducation Développement durable animé par Terra Project avec l’appui d’un ensemble de partenaires publics et privés.

Une disponibilité variable des ressources pédagogiques

Au Sud, le matériel pédagogique que nous avons réussi à recenser s’avère peu développé et difficile, dans les circonstances, à évaluer. Au Nord, on retrouve plusieurs ressources pédagogiques disponibles dans Internet. Au Québec, le site des Établissements Verts Brundtland (EVB), animé par la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ) propose notamment plusieurs trousses pédagogiques élaborées avec le milieu scolaire. Toujours au Québec, le site de l’Association québécoise pour la promotion de l’éducation relative à l’environnement (AQPERE) offre un répertoire très élaboré des ressources en ERE.

En Ontario, le site de EDD-Canada et de l’organisme L’éducation su service de la terre(LSF) (http://lsf-lst.ca/fr/projects/educa...) présente une stratégie d’intégration de l’EDD ainsi qu’une diversité d’outils pédagogiques.

En France, le site Éducation développement durable (http://www.education-developpement-...) propose de l’information sur différentes activités en EDD et diffuse plusieurs fiches pédagogiques.

Globalement, on observe une expertise en EDD diffuse au sein de la Francophonie, mais suffisamment complémentaire d’un pays à l’autre pour justifier une mise en commun accrue.

Plusieurs initiatives des écoles, des syndicats et des ministères

Il existe un dynamisme réel dans l’organisation de journées thématiques, de semaines de l’environnement, d’actions sur la salubrité, pour le reboisement, etc. En voici quelques exemples :

Burkina Faso : Projet Une école, un bosquet ; Concours de salubrité ; Journée Nationale du Paysan ; Semaine Nationale de la Culture ; Journée Sans Emission de Gaz à Effet de serre.

Cameroun : Opération de reboisement ; organisation d’activités lors de la Journée mondiale de l’environnement, de la Journée mondiale de lutte contre la désertification, de la Journée mondiale de protection de la couche d’ozone, de la Journée mondiale de préservation de la diversité biologique, de la Journée mondiale consacrée aux zones humides.

Gabon : Concours de dessins, organisés avec la Fondation Jane Goodall sur différents thèmes : protection des singes, les problèmes environnementaux du pays, etc.

Guinée : Les journées d’assainissement des écoles et de certaines places.

Haïti : Plusieurs concours et journées thématiques (projets locaux) ainsi que plusieurs initiatives au sein des Écoles associées de l’UNESCO.

République démocratique du Congo : Création des parlements d’enfants au niveau des écoles primaires ; Programme des écoles assainies par la réhabilitation des infrastructures et l’allocation des poubelles pour la gestion des déchets de tout genre ; Projet de construction des installations sanitaires ; Projet de construction des écoles d’excellence à Kinshasa et en province.

Maroc : Deux initiatives à souligner : un programme pour contrer le travail des enfants et un autre programme pour l’hygiène et la santé.

Niger : 15 octobre, journée mondiale de lavage des mains ; Création des pépinières de production de plants de reboisement dans certaines écoles de Niamey, Concours annuel « Assainissement et l’Hygiène basée sur les valeurs Humaines ».

Sénégal : Deux activités sont à souligner : premièrement, les activités d’investissements humains (reboisement, assainissement, sports), et deuxièmement, le projet Apprendre sans peur pour l’éducation à la citoyenneté et la lutte contre la violence faite aux enfants.

Tchad  : Pépinières scolaires et plantations d’arbres ; Journées de sensibilisation sur l’EDD au niveau local ; Ambassadeurs de la Paix ; Concours “la plus belle école“(assainissement) ; Campagne de sensibilisation sur les questions de l’environnement par le SET.

Togo : Tressage des paniers pour les ordures pour la gestion des déchets ; la créativité intellectuelle par des poèmes, dessins et chants sur le thème de la démocratie ; Théâtre et sketchs pour faire passer des messages sur le développement humain durable.

France : Programme international d’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD), Eco-Ecole ; Opération « Posters école » 2011, La forêt : une communauté vivante ; la semaine du développement durable.

Ontario : La grande pesée des déchets ; Le Prix de mérite Jack Layton de la jeunesse pour le développement durable.

Québec : Jardin communautaire et plantation d’arbres et échanges culturels ; journée « en ville sans ma voiture » ; semaine québécoise de réduction des déchets ; reverdissement d’une cour d’école ; concours international de jouets fabriqués à partir de matériaux récupérés.

Suisse : Journée Découvrir cultures et modes de pensées différents dans le temps et l’espace ; Développer des modes d’expression artistiques dans une perspective identitaire et communicative.

Un potentiel à soutenir et à développer

Il existe manifestement un cadre réglementaire et politique qui peut favoriser l’intégration de l’EDD en Francophonie. Il existe aussi un dynamisme bien ancré dans les milieux et les organismes de la société civile, notamment chez les syndicats de l’enseignement, pour mettre l’épaule à la roue.

Ce dynamisme a cependant besoin d’être soutenu, en termes de formation, de ressources pédagogiques et de projets d’échanges d’expertise (Sud-Sud et Nord-Sud).


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Premier stage

Le premier stage en EDD a lieu du 26 au 30mars 2012 à Ouagadougou.