La biodiversité se cultive : l’exemple du sorgho

mercredi 6 août 2014
par  Rosine, Sémablegné

La biodiversité se cultive : l’exemple du sorgho

Difficile de distinguer les impacts de l’Homme des effets de facteurs naturels sur l’évolution des plantes cultivées. Une équipe de recherche franco-kenyane vient d’y parvenir pour une des principales céréales en Afrique, le sorgho. 

Les scientifiques montrent comment trois sociétés vivant sur les flancs du mont Kenya ont façonné la distribution géographique et la structure de la diversité génétique des variétés locales. 

Du fait de leurs pratiques de sélection et d’échange des semences de récolte en récolte, les agriculteurs de chaque groupe ethnique maintiennent des variétés qui leurs sont propres. Celles-ci s’avèrent différenciées du point de vue génétique et phénotypique, et ce malgré leur grande proximité géographique. 

Cette étude éclaire le débat sur l’appartenance et la redistribution des bénéfices tirés des ressources génétiques.

Trois sociétés, un même environnement

Climat, environnement, compétition entre espèces… sont des facteurs bien connus dans l’évolution génétique des plantes. Mais les plantes cultivées sont soumises à une force supplémentaire : l’action de l’homme.

 Jusqu’à présent, peu d’études ont permis de distinguer les résultats de la domestication des effets des contraintes naturelles sur la diversité des espèces cultivées. Pour lever le voile sur cette question, une équipe de recherche franco-kenyane s’est intéressée à un territoire particulier : le versant oriental du mont Kenya. Celui-ci offre à la fois un milieu écologiquement homogène et réunit différents groupes ethniques, les Chuka, les Mbeere et les Tharaka, permettant de comparer l’influence de leurs différentes pratiques agraires et savoirs traditionnels sur la diversité du sorgho, une céréale d’importance majeure dans cette zone.

Des pratiques qui façonnent chaque variété

Les chercheurs de l’IRD, du Cirad et du KARI au Kenya ont mené des enquêtes de terrain auprès de chaque ethnie pour préciser son organisation sociale, les modes traditionnels de sélection et d’échange des semences d’une récolte à l’autre, l’importance du marché dans ces échanges, etc.

 Ces enquêtes révèlent que Chuka, Mbeere et Tharaka cultivent un mélange de variétés de sorgho propre à chaque groupe. Certaines variétés prédominent en fonction des préférences et usages de l’ethnie (culinaires, etc.), ou encore selon ses stratégies agricoles pour faire face aux aléas naturels (variétés à cycle de culture long ou court).

 De plus, les semences de variétés locales se transmettent traditionnellement de façon très cloisonnée au sein d’un même groupe ethnique. Ces pratiques limitent l’uniformisation génétique et phénotypique des variétés cultivées sur ce versant du mont Kenya. Ainsi, malgré un marché local commun, les populations de sorgho y sont très différenciées. 

Chaque ethnie laisse sa « signature » génétique

 En parallèle, les chercheurs ont inventorié et échantillonné les différentes variétés de sorgho cultivées par 130 foyers chukas, mbeeres et tharakas.

 L’analyse de l’ADN des quelque 300 plantes collectées a permis d’identifier quatre groupes génétiques de sorgho. Deux d’entre eux correspondent à deux variétés introduites. Il s’agit de variétés améliorées génétiquement par des ONG ou les services nationaux d’extension agricole. L’une de ces variétés, introduite il y a près de 15 ans, semble s’être davantage diversifiée génétiquement chez les Chuka que dans les autres groupes ethniques. Cela suggère que les pratiques des trois communautés laissent leur « signature » dans le génome des populations de sorgho. 

Grâce à cette approche pluridisciplinaire réunissant des anthropologues, des généticiens et des agronomes, ces travaux montrent le rôle des sociétés humaines dans la distribution géographique et l’évolution de la diversité génétique des plantes cultivées. Identifier les facteurs qui façonnent localement la biodiversité permet à terme de mieux la conserver. 

En outre, cela confirme l’influence des pratiques et savoirs locaux sur la diversité du vivant, une question essentielle dans les débats sur l’appartenance et de la redistribution des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques.

Boureima SANGA

Source : http://www.ird.fr/la-mediatheque/fi...



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