Energie renouvelable : Le Burkina célèbre ses 3500 biodigesteurs

vendredi 22 novembre 2013
par  Sémablegné

Au fil des ans, le biodigesteur entre dans le quotidien des Burkinabè des villages. Actuellement, 3500 ménages ont déjà acquis cette technologie. Pour célébrer le 3500e biodigesteur, le ministère des ressources animales et halieutiques a organisé un panel de presse le 19 novembre 2013 à Ouagadougou. Autour de la table, trois ministres : Jérémie Tinga Ouédraogo des ressources animales, Salif Ouédraogo de l’environnement et Gnissa Isaïe Konaté de la recherche scientifique et de l’innovation. Preuve, s’il en est besoin, de la collégialité gouvernementale dans la synergie d’actions afin de faire de cette technologie l’affaire de tous les Burkinabè. L’on estime à 80% la population burkinabè qui pratique l’élevage. Le secteur contribue pour 12% au PIB. Ce secteur et ses dérivés constituent le 3e produit d’exportation du Burkina. Pourtant, il rencontre beaucoup de difficultés : surpâturage, conflits éleveurs-autres composantes de la société, vols de bétail, faible productivité des animaux en lait et en viande… Le biodigesteur se présente comme une alternative pour pallier ces difficultés. Il permet d’améliorer le cadre de vie des animaux, de protéger l’environnement, protéger et conserver le fourrage, et constitue une dynamique de recherche de revenus pour les populations rurales. Cette technologie, en permettant la stabilisation des animaux, améliore leur productivité et réduit les conflits liés à la destruction de champs des agriculteurs. Avec la production de la lumière, elle permet d’améliorer les résultats scolaires des élèves. L’impact du biodigesteur serait donc multidimensionnel et multisectoriel. C’est pourquoi, le programme national de biodigesteurs implique, en plus des partenaires techniques et financiers, l’ensemble des ministères en charge du développement rural (ministère de l’énergie, ministère de l’environnement, ministère de l’agriculture, ministère de la promotion de la femme, ministère de l’éducation…) Renforcer la synergie d’actions Le panel du 19 novembre traduisait la synergie d’actions entre les ministères concernés. La rencontre a permis de présenter la démarche actuelle, mais aussi de la réflexion en cours pour plus d’efficacité et d’efficience dans la mise en œuvre. Un cadre formel de concertation au niveau central entre les principaux acteurs devrait voir le jour très prochainement, à en croire Jérémie Tinga Ouédraogo, ministre des ressources animales et halieutiques. Le biodigesteur est une construction souterraine faite avec des matériaux locaux et destinée à recevoir des déjections d’espèces animales mélangées à de l’eau dans des proportions équitables en vue de produire du biogaz. La construction est assurée par des maçons ruraux formés et suivis par le Programme national de biodigesteurs du Burkina (PNB-BF) et ses partenaires de mise en œuvre, à savoir l’Organisation néerlandaise de développement (SNV) et la fondation institut humaniste pour la coopération avec les pays en voie de développement (HIVOS). Après sa construction, le biodigesteur peut être utilisé pendant 20 ans et serait « peu coûteux en entretien ». En plus du gaz pour la cuisson, le biodigesteur permet également d’obtenir de la lumière en milieu rural, dans des conditions relativement simples. Le programme biodigesteur en chiffre es partenaires néerlandais appuient 6 pays africains (Burkina Faso, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Sénégal, Tanzanie) pour la construction d’environ 50 000 biodigesteurs dont 6000 pour le Burkina, sur une durée de 5 ans. D’un biodigesteur en 2009, notre pays est aujourd’hui à 3500 biodigesteurs construits, contribuant à améliorer la qualité de vie de 24 500 burkinabè. En plus de la contribution des partenaires techniques et financiers, le gouvernement burkinabè participe aussi bien en nature qu’en espèces. En espèces, il a déboursé 150 millions en 2012 pour soutenir le programme. En 2013, ce sont 232 millions. Des six pays, le gouvernement burkinabè est celui qui soutiendrait le mieux son programme biodigesteur. Mieux, il s’est engagé ce 19 novembre à apporter davantage de moyens. Depuis le démarrage du programme, ce sont 383 maçons formés, 150 entrepreneurs ruraux actifs ; 262 500 000f de revenus engrangés par les maçons en 4 an, 8 coopératives de maçons créées ; 2 555 000 m3 de biogaz produit par an soit l’équivalent de 103 600 bouteilles de gaz butane de 12,5 kg. C’est également 311 ha de forêts potentiellement préservées par an ; un potentiel de production de 224 000t d’engrais organique ; 17 500t CO2 séquestré par an. Faire évoluer la technologie La production du biogaz à partir de matières organiques est bien connue. Mais, la technologie pourrait encore évoluer. Plusieurs segments sont susceptibles d’amélioration. Actuellement, c’est la bouse de vache qui utilisée comme matière organique. Mais, tous les burkinabè ne possèdent pas de vache. Il faudra trouver d’autres matières organiques. « Notre rôle dans le dispositif, c’est de travailler à apporter toujours de l’amélioration pour permettre un éventail plus large d’utilisation, mais également de voir comment on pourrait réduire le coût », soutient Pr Gnissa Isaïe Konaté, le ministre de la recherche scientifique et de l’innovation. L’objectif étant de permettre une plus grande accessibilité de cette technologie par les burkinabè. L’appui du gouvernement néerlandais devait prendre fin en 2014. Mais, « on est en train de négocier une nouvelle phase de 4 ans de plus pour continuer. On cherche aussi des modalités de mise en œuvre permanente sur place », a précisé Jan Lam, conseiller Biogaz à la SNV-BF. Jusque-là, il n’y avait pas de cadre de concertation regroupant les ministères concernés par la mise en œuvre du PNB-BF. « Ce vide entrainait une insuffisance de synergie d’actions entre les différents ministères sectoriels. Il constitue aussi un des obstacles à l’accélération de la dissémination de la technologie. Par ailleurs, la faible mutualisation des efforts ne permet pas une exploitation optimale des avantages bénéfiques de la technologie par les ménages », a reconnu Jérémie Tinga Ouédraogo, le ministre des ressources animales et halieutiques. Avec le renforcement annoncé de la synergie d’actions des acteurs gouvernementaux, le biodigesteur devrait désormais être vu comme un outil de développement intégré des exploitations familiales rurales. Moussa Diallo

Source : www.Lefaso.net


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