Barrages de Ouagadougou : Des ouvrages en danger

vendredi 4 octobre 2013
par  Jean Kafando, Rosine

Barrages de Ouagadougou : Des ouvrages en danger

L’eau, ressource limitée, est indispensable à la vie. Les autorités burkinabè l’ont compris. Elles ont alors entrepris de construire des barrages, un peu partout sur le territoire où le relief s’y prêtait. Et Ouagadougou en compte quatre. L’importance de ces barrages, au cœur de la ville ne fait l’objet d’aucun doute. Cependant, ils sont exposés à toutes sortes de menaces.

« Des milliers de personnes vécurent sans amour, mais nul ne vécut sans eau », dixit W. H. Auden. C’est fort de cette conviction que les autorités politiques et administratives du Burkina Faso ont construit les barrages n°1, 2 et 3 de la ville de Ouagadougou, dans les années 1960. L’objectif étant d’approvisionner les populations en eau potable.

Avec une capacité cumulée de 14 960 000 m3, ces ouvrages contribuent, avec celui de Loumbila, à près de 30% de l’Approvisionnement en eau potable (AEP) de la capitale politique. Outre leur vocation d’AEP, ces infrastructures hydrauliques, jointes à la forêt de Bangr-Weoogo, constituent les poumons écologiques de la ville. « Les retenues d’eau jouent un rôle de recharge de la nappe phréatique et, en même temps, servent de zones de tampon de préservation des habitants contre les inondations », a affirmé le directeur de l’Agence des eaux du Nakambé (AEN), Dibi Millogo. Il a indiqué qu’elles jouent un rôle touristique et permettent le développement des activités sportives.

A en croire le directeur de l’AEN, la présence de barrages en plein centre ville est nécessaire, aussi bien pour les hommes que pour les animaux et la végétation. Il explique que les ouvrages permettent d’éviter les inondations, en se fondant sur les déclarations des experts qui ont fait savoir que si ces barrages cédaient, les sinistrés atteindraient le chiffre de 150 000 à Ouagadougou.

La pression anthropique croissante

Salamata Sawadogo, jardinière au niveau du barrage n°2, relève l’importance économique des infrastructures : « L’eau du barrage contribue à l’accroissement rapide des plants que nous mettons en terre. Nous la préférons à l’eau du robinet, car cette eau est naturelle. Elle n’a pas subi de traitement chimique de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA). En plus, nous n’avons pas les moyens d’acheter de l’eau pour la pratique de notre jardinage ». Elle confie que sans les barrages, beaucoup de personnes se retrouveraient sans emplois et auront du mal à satisfaire leurs besoins élémentaires.

« Mais, les pressions anthropiques, de plus en plus croissantes, sur les barrages n°1, 2 et 3, conduisent à la détérioration de ces ouvrages hydrauliques et pose la question de la gestion durable des retenues d’eau et des infrastructures d’approvisionnement en eau potable », souligne Dibi Millogo.

Il fait comprendre que les terres fragilisées par le labour sont charriées directement dans le lit par les précipitations, et que cela participe fortement au phénomène de l’ensablement. En conséquence, note M. Millogo, on assiste à une disparition précoce des barrages, à des inondations accrues et même à une probable « disparition » de la forêt classée. Il renchérit que les particules terreuses, les plus fines, sont responsables d’une très forte augmentation de la turbidité des eaux qui occasionnent une demande importante de coagulants, lors de la potabilisation des eaux. Avant de soutenir que l’utilisation des pesticides et herbicides (souvent non homologués), l’usage à forte dose des engrais minéraux, l’épandage à large échelle de la fumure organique à la lisière des barrages pour le maraîchage rendent le traitement de l’eau difficile par l’Office national de l’eau et de l’assainissement.

De l’avis de M. Millogo, ces facteurs entraînent une baisse de la qualité de l’eau. Au plan sanitaire, il mentionne que la pollution de l’eau est nuisible à la santé des consommateurs, avant de citer les maladies d’origine hydrique (diarrhéiques et parasitaires).

Au niveau environnemental, le directeur de l’Agence des eaux du Nakambé avertit que la pollution entraîne l’eutrophisation des eaux qui se manifeste, chaque année, par la prolifération invasive de la jacinthe d’eau sur l’ensemble des trois barrages. Il fait observer que des animaux aquatiques qui subissent le joug de la pollution entraînent la mort de certains (poissons, crustacés…) et obligent certains comme le crocodile à changer parfois de biotope. De ce fait, il n’est pas rare de voir les crocodiles déambuler dans la forêt de Bangr-Weoogo.

« Il est temps de sauver ces infrastructures hydrauliques »

Face à ces agressions et menaces, des associations ont été créées, en vue de sensibiliser les uns et les autres à l’utilité des barrages de Ouagadougou dans l’espoir qu’ils ne disparaissent point. Parmi celles-ci, on peut citer « Média Vert ». C’est une association professionnelle de journalistes et de communicateurs qui a vu le jour, le 12 décembre 2012. Média Vert poursuit les objectifs tels que l’implication des médias burkinabè dans le débat national et international sur la protection de l’environnement, l’information et la sensibilisation de l’opinion publique aux enjeux environnementaux au Burkina Faso et dans le monde. Elle s’assure également, à rendre disponible les informations sur l’environnement et le développement durable.

Pour le président de l’association Média Vert, Georges Sawadogo, il est temps de sauver ces infrastructures hydrauliques en passe de disparition. « En tant que journaliste vivant à Ouagadougou et sachant que les barrages n°1, 2 et 3 sont des infrastructures en danger, il est fort à parier que si des mesures ne sont pas prises, ces barrages risquent de disparaître un jour. Ce qui serait déplorable, vu leur importance », prévient-il. Il souligne que c’est pourquoi sa structure a décidé de mener la lutte, de concert avec les experts de l’Agence de l’eau du Nakambé, pour trouver des solutions. M. Sawadogo soutient que son organisation s’est engagée volontairement, dans ce combat et cela est remarquable à travers les multiples missions qu’elle s’est assignées. Il s’agit, entre autres, d’engager les acteurs de l’or bleu à la gestion concertée, intégrée, équilibrée et de façon durable, des ressources en eau du bassin hydrographique, de promouvoir une utilisation rationnelle des ressources, en restaurant les trois importantes retenues d’eau de la capitale.

Pour y parvenir, Georges Sawadogo soutient que son association va organiser des visites sur le terrain et des cadres d’échange avec des services techniques sur les problématiques d’utilisation et de gestion durable desdits barrages. A côté, il compte organiser un atelier national qui va réunir l’ensemble des acteurs concernés par la gestion et l’utilisation des ouvrages, promouvoir une utilisation rationnelle des ressources en eau, lutter contre la pollution et pour la protection des milieux aquatiques. Enfin, le président de l’association Média Vert souhaite qu’il soit créé une police de l’eau qui va apporter une assistance technique aux études, travaux et suivi-évaluation. En plus, qu’il soit appliqué les principes « préleveur-payeur » et « pollueur-payeur » pour éviter la disparition subite de ces barrages.

Wendemi Judith Annick KABORE (Stagiaire)

Source : www.Sidwaya.bf


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Le premier stage en EDD a lieu du 26 au 30mars 2012 à Ouagadougou.