Investissement dans l’agriculture : l’amère réalité de la déclaration de Maputo

mardi 17 septembre 2013
par  Rosine

10 ans – 10% – Moins de 10 pays : l’amère réalité de la déclaration de Maputo. Le 10 Juillet 2003, les chefs d’Etats et de Gouvernements africains membres de l’Union africaine signaient la déclaration de Maputo les engageant à allouer au moins 10% de leur budget national à l’investissement agricole à l’horizon 2008. 10 ans plus tard, le constat est amer !

L’ensemble des pays de la CEDEAO dispose de Plans Nationaux d’Investissement Agricole, mais seuls sept pays africains ont atteint leur objectif dont cinq pays en Afrique de l’ouest. Le Burkina Faso est le pays qui a engagé proportionnellement le plus de fonds dans l’agriculture sur la durée et qui a atteint le seuil de 6% de croissance du PIB agricole entre 2001 et 2006.

« En 2003, les Chefs d’Etat Africains ont suscité de nombreux espoirs en remettant l’agriculture au coeur de l’agenda politique continental. 10 ans plus tard, la barre symbolique de Maputo reste toujours un objectif à atteindre pour près de 47 Etats africains sur 54. Les dirigeants Africains doivent tenir leur engagement voire dépasser ces 10%, mais ils doivent surtout revoir la qualité des investissements » affirme M. Aliou Ibrahima, Secrétaire Général de l’Association pour la Promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane (APESS).

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Ainsi, alors que la CEDEAO vient de faire le bilan des Programmes Nationaux d’Investissement Agricoles et bien qu’ils reconnaissent le rôle et le potentiel des Exploitations Familiales, peu de pays disposent de programmes spécifiquement centrés sur ces exploitations. A l’inverse, la plupart des budgets agricoles sont consacrés à un nombre restreint de programmes dirigés principalement vers les grandes exploitations.

Pour Dodo Boureima Secrétaire Exécutif du Réseau Billital Maroobé (RBM) « il est inconcevable de parler d’investissement de qualité sans l’élevage. Au Sahel, l’élevage représente une partie importante du secteur agricole mais ne reçoit qu’une part marginale des financements agricoles. Au Niger, il contribue pour près de 22% des exportations et est considéré comme l’un des secteurs qui contribuent le plus à la réduction de la pauvreté. Malheureusement, il demeure le parent pauvre du secteur agricole avec 1,7% du budget national en 2009 ».

En Afrique de l’Ouest, les femmes contribuent à la production de 80% des denrées alimentaires de base alors que seulement 10% d’entre elles accèdent aux crédits agricoles. En matière de propriété foncière, ce sont encore elles qui sont le plus défavorisées. Seulement 8% d’entre elles ont accès à la terre. Elles pourraient augmenter les récoltes de leurs exploitations agricoles de 20 à 30% si elles bénéficiaient du même accès aux ressources productives (la terre, les engrais, les semences, les crédits agricoles et autres) que les hommes. C’est ce type d’investissement qu’il faut promouvoir.

D’ici 2030, la population ouest africaine devrait doubler pour atteindre 500 millions d’habitants, la demande en produits agricoles et d’élevage va augmenter. Ceci représente une extraordinaire opportunité de sortir les populations les plus vulnérables de la faim. Il ne faut surtout pas la manquer. En ce 10e anniversaire de la déclaration de MAPUTO, la campagne CULTIVONS lance un appel fort à tous les chefs d’Etats africains pour investir plus et mieux dans l’agriculture, et notamment l’élevage.

Eric Hazard, responsable de la Campagne CULTIVONS pour l’Afrique de l’Ouest, de conclure : « En faisant de l’investissement qualitatif dans l’agriculture une priorité, les gouvernements pourront assurer la souveraineté alimentaire de l’Afrique de l’ouest et le bien être de ses populations. L’alimentation est un droit, pour le mettre en oeuvre il faut investir plus et mieux dans l’agriculture familiale, et notamment l’élevage qui contribue à près d’un tiers du PIB et emploie 60% de la population ».

La campagne CULTIVONS va poursuivre son travail de sensibilisation, d’information et de mise en appel, pour qu’un large public interpelle les Chefs d’Etats et de gouvernement sur la nécessité de disposer d’un nouvel engagement de Maputo, basé sur la qualité des investissements, pour la mise en œuvre des politiques agricoles et de sécurité alimentaire en vigueur !

Source : Oxfam



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