Les défis de l’agriculture en Afrique : cas du Burkina Faso

mercredi 31 juillet 2013
par  Sémablegné

Les défis de l’agriculture en Afrique : Petits paysans sur un grand marché

Produire plus, exporter plus, gagner plus. La formule pour développer l’agriculture en Afrique parait simple. Mais elle ne peut fonctionner, sans que les petits paysans s’unissent. Pesalomo Ouédraogo grimace. Il ramasse un caillou au sol et le lance de toutes ses forces sur le cochon qui grogne bruyamment. Une fois de plus, la bête s’est jetée sur les pommes de terre. « Je voulais clôturer mes champs, mais je n’ai pas eu assez d’argent cette année », explique le paysan. Il retrouve sa bonne humeur alors que le cochon décampe en couinant. Il n’a pas eu le temps de faire trop de dégâts. Les pommes de terre vertes sont saines. Elles forment une longue rangée dans le champ de Pesalomo Ouédraogo. Il fait 50 mètres de long sur 50 de large et doit donner bientôt six tonnes de pommes de terre. « J’ai tout calculé », explique-t-il. Ce calcul, il l’a fait à l’aide d’un conseiller de sa coopérative, un regroupement de 99 agriculteurs voisins de la commune de Komsilga, dans le centre du Burkina Faso. La cotisation coûte 25 000 Franc CFA, soit presque 40 euros l’année. « Ca vaut le coup, indique Pesalomo Ouédraogo.

L’argent est sur un compte à la banque. Grace à cette somme, nous pouvons demander des petits crédits pour financer des acquisitions qui nous permettent de travailler plus efficacement. » Il a ainsi pu s’acheter une pompe motorisée pour l’eau. En plus de cette caisse, la coopérative permet aux membres de rassembler leur production pour négocier des prix plus intéressants. Pour Pesalomo Ouédraogo, « Seul le regroupement peut nous permettre de réussir. »

Les petits paysans montent au front.

Cette constatation vaut aussi à Ouagadougou, la capitale, où se trouve le siège de la Confédération paysanne du Faso. Fondée en 2002 par plusieurs associations d’agriculteurs, elle doit leur permettre de jouer un rôle dans la politique agricole du pays.L’immeuble d’un étage est modeste. Un tracteur entrerait à peine dans la salle de réunion. Pourtant, « les objectifs de la confédération sont ambitieux », estime le secrétaire général Jules Zongo. Il veut que « l’Etat prenne spécialement en compte les besoins des petits agriculteurs ».

Pour lui, jusqu’ici, le Burkina Faso ne fait pas assez pour ses agriculteurs, au contraire des Etats-Unis et de l’Union européenne : « Ils subventionnent massivement ce secteur, explique Jules Zongo. Quand on compare nos revenus avec ceux des agriculteurs du nord, on voit une grande différence. » Il est conscient que des pays pauvres comme le Burkina Faso ne peuvent pas dépenser autant que les pays occidentaux. «  Mais c’est aussi une question de volonté politique. Si nos hommes politiques voulaient vraiment augmenter la production et la productivité, ils feraient les investissements nécessaires. » C’est ce qui se fait déjà dans la production de céréales.

Ces trois dernières années, l’Etat a soutenu les paysans en achetant des semences, puis en les revendant à des prix raisonnables. « En trois ans, nous avons triplé la production qui est passée de 200 000 à 600 000 tonnes ! » Même si la production augmente, cela ne signifie pas forcément que les revenus des agriculteurs suivent le mouvement. «  La récolte est certes importante, mais il faut aussi ce préoccuper de ce qui suit », explique Florent-Dirk Thies. Il coordonne le programme agriculture de la Société allemande pour la coopération internationale (GIZ) au Burkina Faso. Pour lui, le problème c’est que la majorité des Burkinabés cultivent pour leur propre consommation, sinon ils doivent faire appel à l’aide alimentaire venue de l’étranger. Il n’y a pas de véritable marché agro-alimentaire. « Et quand on n’a pas de marché et qu’on fait de l’agriculture uniquement pour se nourrir, alors on n’a pas la possibilité de financer des mesures qui permettraient d’intensifier la production comme des engrais, de l’irrigation, etc. », rappelle Florent-Dirk Thies.

« Grace à ce type de mesures, les agriculteurs du Burkina Faso pourraient pourtant multiplier leurs récoltes par six », ajoute-t-il. Pour lui, le Burkina Faso devrait produire des cultures de rente pour les marchés internationaux, c’est-à-dire des produits agricoles uniquement destinés à être exportés. Traditionnellement, le Burkina Faso vend du coton, en partie issu du commerce équitable. Il est ensuite transformé à l’étranger. Pour Florent-Dirk Thies, il serait plus intéressant que les produits agricoles soient transformés ici et ensuite exportés, par exemple les huiles essentielles pour l’industrie cosmétique comme la citronnelle ou l’huile de gingembre.

Pas d’exportations sans ports

Ces idées, Florent-Dirk Thies peut les aborder directement avec le Ministre de l’agriculture du pays. C’est lui qui conseille Laurent Sedego et son équipe. Au programme : la préparation du voyage du Ministre en Allemagne, pays vers lequel il aimerait bien exporter davantage. Invité par Laurent Sedego, Florent-Dirk Thies se rend à son bureau, dans une immeuble jaune pâle du quartier gouvernemental de Ouagadougou. Coup d’œil rapide sur le visiteur allemand, le Ministre s’enfonce ensuite dans son siège en cuir et commence à évoquer des temps meilleurs. « Il y a quelques années, nous avons été à la pointe des exportations de haricots verts », se souvient Laurent Sedogo. Aujourd’hui, le pays a été repoussé dans la queue du peloton, surtout à cause des coûts importants du transport. «  Nous n’avons pas de ports, donc nous ne pouvons pas vendre nos haricots à des prix concurrentiels », explique-t-il. Malgré cela, le ministre indique quand même vouloir augmenter la productivité et la qualité. « Et ensuite nous pourrons revenir sur le marché international », conclue-t-il.

Le marché international, cette idée revient régulièrement dans la conversation. Pourtant, même si le ministre vise loin, il n’oublie pas ce qu’il se passe sur place. Les Burkinabés doivent se nourrir : « Notre deuxième objectif est d’utiliser l’agriculture pour faire croître notre économie. Plus de 80 pour cent de la population en vit. Si ces gens peuvent tirer des revenus de cette activité, la pauvreté diminuera et ils seront en position d’investir. »

Labourer pour la prospérité

Dans son champ, Pesalomo Ouédraogo plante sa pioche avec ardeur dans le sol, pour ameublir la terre. Il est paysan depuis maintenant 22 ans. Même s’il cultive ses champs avec des méthodes simples, il a réussi à atteindre un certain niveau de prospérité. Sa famille a maintenant assez d’argent pour vivre. « Et puis j’adore ce métier, ajoute-t-il en posant sa bèche sur le sol sableux. J’ai vraiment beaucoup de plaisir à travailler aux champs. Je ne dépends de personne. » Pour augmenter des revenus, Pesalomo Ouédraogo fait des investissements. Avec des collègues de la coopérative, il construit actuellement un entrepôt. Du doigt, il montre la structure en construction, à une centaine de mètres de ses champs. Un treillis en métal dépasse d’un mur à moitié fini. Il doit permettre de stocker jusqu’à 20 tonnes d’oignons le temps que les prix sur le marché deviennent intéressants.


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