Note d’information sur les enjeux majeurs du marché européen de l’énergie.

jeudi 22 novembre 2012
par  Sémablegné

LE CERCLE. Sécurité de l’approvisionnement, environnement et compétitivité sont les enjeux majeurs auxquels est confronté le marché européen de l’énergie. Relever ces défis passera par une plus grande ouverture des marchés, comme l’a rappelé le commissaire européen de l’énergie lors de son passage à Paris le mois dernier, souhaitant que "la France soit aussi ouverte que d’autres". JPEG - 3 ko Dans le domaine des énergies renouvelables par exemple elle contribuerait à une allocation optimale des ressources en fonction des zones géo climatiques, élargirait les options de gestion du réseau, réduirait les pannes et la nécessité de prévoir des capacités auxiliaires en appui des énergies renouvelables. Tout en facilitant la concurrence transfrontalière, une meilleure intégration attirerait aussi davantage d’acteurs et de liquidités sur le marché, favorisant une tarification compétitive et un contexte favorable à de nouveaux investissements. Enfin, un marché européen plus intégré permettrait aux pays européens de s’exprimer d’une même voix et d’avoir plus de poids sur la scène internationale.

Des avancées ont toutefois été enregistrées.

Les modèles et les approches ont d’ores et déjà été définis au niveau européen. Le raccordement des marchés a produit des effets positifs, comme en Europe centrale et occidentale où l’on observe une convergence des prix dans 68 % des cas. Mais globalement, les réalisations sont limitées à ce jour ; la volatilité économique persistante crée des obstacles majeurs, notamment pour les Utilities (sociétés de distribution d’énergie). Depuis 2000, les échanges transfrontaliers n’ont ainsi augmenté que de 2 % par an environ. Le développement des infrastructures de transport est également limité avec moins de 10 000 kilomètres de nouvelles lignes créés depuis 2000 et un taux de croissance annuel des capacités de transfert nettes de seulement 0,44 %. Si la tendance se poursuit à un rythme aussi lent, le défaut d’infrastructures risque d’entraver l’intégration du marché et la réalisation de l’objectif des "20/20/20". Les retards pris à ce jour dans le déploiement du troisième "paquet-énergie" ne font qu’accentuer le problème en empêchant l’harmonisation du réseau et du marché.

Le déficit de production.

Bien que l’évolution historique des capacités de production nettes soit conforme aux objectifs de 2020, la situation a changé avec la crise. Les dépenses d’infrastructures ont baissé de 15 % en 2010 et plusieurs pays, dont l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, ont annoncé leur intention de réduire sensiblement leurs budgets d’investissement. Ce qui met en péril non seulement la réalisation de l’objectif des "20/20/20", mais aussi la sécurité de l’approvisionnement de l’Europe, notamment lorsque la demande redémarrera. L’accélération du mouvement de mise hors service des centrales vieillissantes, alors même que les investissements nécessaires pour les remplacer reculent, contribue aussi à accroître la pression. Pour mettre les choses en perspective, selon le "New Policies Scenario" de l’Agence internationale de l’énergie, près de 2 000 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires à l’horizon 2035. Il s’agit bien d’une course au long cours, où les investisseurs seront davantage sollicités, plutôt que le contraire.

Les sources d’énergie renouvelable sont au cœur du débat, mais les combustibles fossiles, le nucléaire, les réseaux de transport et de distribution et le déploiement des smart grids, sont des sujets tout aussi importants, ainsi que l’augmentation de la capacité transfrontalière, indispensable pour atteindre les objectifs du marché européen. Un énorme effort financier est donc nécessaire pour assurer le financement de tous ces dossiers. Si l’on ne devait prendre qu’un seul exemple, la construction de l’ossature de transport d’énergie en Europe nécessiterait à elle seule une hausse de 141 % du taux d’investissement des gestionnaires de réseaux de transport et il n’est pas certain que les mécanismes du marché soient aujourd’hui en mesure de mobiliser les capitaux nécessaires.

Contexte difficile pour les Utilities.

La capitalisation boursière des Utilities en Europe s’est effondrée de 64 % depuis 2008 (contre seulement -11 % pour les Utilities aux États-Unis). La contraction des cash flows d’exploitation a fortement diminué leur capacité à autofinancer leurs investissements. Tandis qu’un niveau d’endettement accru et des primes de risque en hausse, proches de 2 % aujourd’hui, limitent leur possibilité de financement par endettement. Et avec l’émergence de nouveaux centres de demande en Chine et en Inde, l’Europe ne devrait plus représenter que 16 % de la totalité des investissements dans le secteur de l’énergie à l’échelle mondiale. Dans ces conditions, les entreprises européennes ont toujours plus de mal à conserver leurs capitaux existants et à attirer de nouveaux investisseurs.

La moindre rentabilité relative des Utilities n’est pas l’unique facteur qui joue en leur défaveur. Le climat de risques et d’incertitudes pèse aussi fortement sur leur attractivité. Le secteur européen de l’énergie se caractérise historiquement par une absence de coordination entre les différents pays, et par un environnement tarifaire et fiscal fragmenté, que la crise économique n’a fait qu’exacerber. L’insuffisance des financements tout comme la diminution des fonds publics menacent le secteur, notamment dans les projets liés aux énergies renouvelables, où le soutien des pouvoirs publics est capital. Pour donner une idée, nous avons évalué que les subventions publiques représentent aujourd’hui environ 35 % des dépenses d’investissement annuelles de l’ensemble des compagnies européennes de distribution d’énergie. Compte tenu des projections de croissance, le montant nécessaire à l’horizon 2020 constitue donc un réel enjeu.

Vers une réponse résolument innovante et cohérente.

La première étape doit être de s’assurer de la compétitivité des investissements au sens le plus large. C’est-à-dire que ces investissements doivent être rentables non pas uniquement à l’échelle sectorielle en Europe, mais aussi au niveau mondial. C’est un élément dont il faudra tenir compte au moment de définir le niveau de rentabilité. Des primes plus élevées pourraient aussi être envisagées dans certains cas comme la construction d’infrastructures jugées commercialement non viables. Des progrès devront aussi être réalisés dans d’autres domaines : limiter les retards dus aux procédures administratives durant les phases de construction et définir des règles claires d’allocation des coûts pour les projets transfrontaliers.

D’un autre côté, de nouvelles sources de financement doivent être trouvées. Compte tenu du manque de capitaux dans le système, attirer de nouvelles catégories d’investisseurs, comme les institutionnels, est important. Dans cette optique, il pourrait aussi être opportun d’impliquer les consommateurs dans le financement du secteur, au-delà du simple paiement de leur facture d’électricité, en encourageant les investissements dans des installations de micro génération et en leur facilitant l’accès à des opportunités de financement de projets. La diminution des financements publics appelle une utilisation plus judicieuse des ressources, de préférence dans des projets avec effets démultiplicateurs.

Cependant, l’objectif principal doit viser à atténuer l’incertitude qui pèse sur le mix énergétique et les tarifs en Europe. Une meilleure coordination est nécessaire afin de promouvoir, par exemple, le déploiement de technologies de production d’électricité en fonction des conditions géo climatiques et la définition de projets de transport et de distribution transfrontaliers.

Une plus grande collaboration entre les pays européens serait aussi utile pour assurer la stabilité du marché européen, gage de visibilité et de cohérence au fil du temps.

Nous traversons une période difficile. Aucun des acteurs traditionnels n’est en mesure de relever seul le défi du financement. Ainsi que nous l’avons vu, les problèmes ne manquent pas. Cependant, visibilité et stabilité à long terme seront indispensables pour mobiliser des investissements et relever le défi du financement du secteur.

Jean-Marc Ollagnier, Accenture

Source : http://lecercle.lesechos.fr/economi...


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