La crise des systèmes éducatifs en Afrique Francophone.

vendredi 19 octobre 2012
par  Yendilo fimba

LA CRISE DES SYSTÈMES ÉDUCATIFS EN AFRIQUE FRANCOPHONE Article écrit par Florian Lascroux dans L’US/MAG N° 706

Le SNES-FSU, actif au sein du CSFEF initiateur de plusieurs programmes de coopération en Afrique francophone, a réuni dans un séminaire des représentants syndicaux de plusieurs pays francophones afin de rechercher des solutions aux crises persistantes des systèmes éducatifs de ces pays.

Une Crise Identitaire

Pour Waly N’Diaye, secrétaire général adjoint du SUDES (Sénégal), la crise la plus lointaine de la crise des systèmes éducatifs africains est identitaire : « l’école a été imposée par le colonisateur sans tenir de l’environnement socioculturel. Après les indépendances, l’école n’a pas véritablement changé d’orientation  ». Plusieurs intervenants préconise l’utilisation des langues maternelles au primaire, avant une introduction progressives du français ; cela a été expérimenté dès les années 1970, et fonctionne par exemple au Mali. Le « bilinguisme stratégique » mis en place en Afrique orientale anglophone semble donner de bons résultats.

Une crise de financement

Sous la pression de la Banque Mondiale et du FMI, de nombreux gouvernements ont diminué la part de l’Education dans le budget de l’Etat. « En république démocratique du Congo, elle n’est plus que de 6%, contre 30% au moment des indépendances », souligne Jean – Pierre Kimbuya, secrétaire général du SYECO. Au Niger, « 9%, contre un objectif affiché de 20% », déplore Gaya Garka, secrétaire général adjoint du SNEN.

Devant le manque de moyens, la participation des familles a souvent été sollicitée. Au Niger, elles contribuent à la construction et à l’entretien des infrastructures, aux fournitures scolaires. Du coup, de nombreux parents gardent leurs enfants à la maison. En RDC, la « motivation », participation financières imposée aux parents, a eu des effets dramatiques : déscolarisation massive, notamment les filles, et augmentation de la délinquance. Comme le souligne Joseph ZONGO, du SNEA-B, certains parents payent pour que leur enfant obtienne un diplôme.

Une crise de vocation

Depuis des années, les institutions internationales ont conditionné certains aides au développement de l’emploi précaire dans l’éducation. Au Niger, de nombreux contractuels quittent leur poste dès qu’ils trouvent un emploi mieux rémunéré : « dans certaines écoles, il n’y plus d’enseignants car ils sont tous partis », explique G. Garka. Sous la pression des syndicats, un programme de formation et de revalorisation des contractuels a été élaboré. La formation des enseignants, et notamment des contractuels, est partout insuffisante, nombre d’entre eux n’ont pas le niveau Brevet.

Une massification mal planifiée

Parmi les objectifs du millénaire pour le développement figurait la hausse de la scolarisation dans le primaire. Cet objectif a été partiellement atteint, ce taux passant de 40 à 70% au Niger. Dans de nombreux pays, le second degré est incapable de faire face à l’afflux d’élèves. Les effectifs pléthoriques, les conditions d’enseignement désastreuses, font grimper le taux d’abandon. La prise de conscience de la nécessité de développer maintenant le second degré progrès.

Le rôle des syndicats

Le morcellement des syndicats est un fléau dans les pays d’Afrique Francophone. Certains syndicats, à la solde du pouvoir, ne comptent qu’une poignée d’adhérents. Le Niger compte par exemple 50 syndicats d’enseignants ! Pour Jean-Pierre Kimbuya, « il faut un syndicalisme de lutte […]. Le syndicalisme francophone doit être un véritable contre-pouvoir, en s’appuyant sur les acteurs de la société civile. De plus, les syndicats doivent devenir autonomes : l’aide reçue doit servir, à long terme, à tuer l’aide ».

Les syndicats présents à ce séminaire ont décidé de s’organiser en réseau à l’occasion du forum Social Mondial, afin d’échanger des informations sur les réformes, l’évolution des systèmes éducatifs, les ripostes syndicales. La réflexion de chacun doit continuer à se nourrir des expériences des autres pays, pour aller vers une éducation de qualité, gratuite, pour tous. C’est un besoin urgent pour l’Afrique, tant « l’Education est la capacité à comprendre le milieu et à agir dessus  », comme le souligne Waly N’Diaye.


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