Fiche d’information sur une autre image de l’Afrique.

mardi 31 juillet 2012
par  Sémablegné

Culture(s) d’Afrique : une autre image du continent.

(MFI) L’image de l’Afrique, dit-on ordinairement, est mauvaise hors du continent. Guerres, misère et sida nourrissent dans les médias occidentaux une vision négative. Parallèlement, et paradoxalement, la culture africaine trouve de plus en plus à s’exporter, et propose une image dynamique de création. Non sans ambiguïtés toutefois, et sans arriver à constituer un atout économique.

L’image de l’Afrique en France et en Occident est plus multiple qu’il n’y paraît. Si les médias privilégient l’actualité des conflits et des événements dramatiques, il faut observer aussi qu’ils ont su s’ouvrir, depuis quelques années, à d’autres aspects de l’Afrique. La vogue du documentaire télévisé a enrichi et diversifié les points de vue, et une chaîne comme ARTE est, en France, de celles qui proposent des reportages sur la société et la culture africaines. La radio France Culture a consacré, en janvier 2005, une semaine d’émissions au Mali, pour ne pas parler des programmes et des informations dédiés à l’Afrique de Radio France Internationale, captée notamment à Paris. La presse française sait aussi réserver une place à des articles de fond sur l’Afrique, vue il est vrai selon un regard extérieur.

Plus significative, toutefois, est la présence grandissante de la création culturelle africaine en Europe. C’est manifeste en matière d’arts plastiques, où Paris, après Düsseldorf et Londres et avant Tokyo, a accueilli en 2005 l’exposition Africa Remix, proposant des œuvres de 87 artistes contemporains de tout le continent. Cet intérêt a émergé dans les années quatre-vingt-dix, un cap symbolique ayant été franchi lors de manifestations telles la Biennale de Venise ou la Dokumenta de Kassel en 2003, dont le directeur artistique fut le Nigérian Okui Enwesor. Mais dans les faits, peu de plasticiens africains accèdent à une reconnaissance équivalente à leurs homologues occidentaux. Les plus choyés le sont au prix d’une grande ambiguïté : en peinture, le succès d’un Chéri Samba, archétype du « naïf » congolais, semble surtout maintenir la création du côté du folklore, comme pour le peintre ivoirien Frédéric Bruly-Bouabré ou des photographes maliens tel Malick Sidibé. Rien de tel cependant avec les sculpteurs sénégalais Ousmane Sow et éthiopien Mickaël Bethe-Sélassié, le peintre malien Seydou Keita, les Sud-Africains William Kentridge ou Kay Hassan…

Une nouvelle génération d’écrivains africains

La littérature africaine a, elle aussi, droit à une reconnaissance nouvelle : plus d’une décennie après la remise du prix Nobel à Wolé Soyinka (1986), le « phénomène » Ahmadou Kourouma (prix Renaudot en 2000) a coïncidé avec l’émergence d’une génération de jeunes écrivains, du Guinéen Tierno Monenembo au Togolais Kossi Efoui, en passant par le Djiboutien Abdourrahmane Wabéri, désormais publiés dans des maisons d’édition parisiennes réputées. Un festival grand public comme Etonnants Voyageurs de Saint-Malo (qui propose chaque année une édition à Bamako) a été consacré, en 2002, à l’Afrique…

Si la situation est plus mitigée au cinéma et au théâtre, les occasions de voir films ou pièces africaines se multiplient, notamment à Paris. Le théâtre, soutenu en particulier par l’Association française d’action artistique (AFAA) ou par la Francophonie, bénéficie d’une bonne présence en France : du Festival de Limoges aux salles parisiennes (Rond-Point, Tarmac de La Villette…), les créateurs comme Koffi Kwahulé, Jean Pliya, Kossi Efoui bénéficient d’une réelle estime, souvent relayée par la presse. Enfin, très symbolique a été jugé l’accueil d’un comédien malien, Bakary Sangaré, à la Comédie française en 2002. La musique, quant à elle, explose : ses vedettes (Youssou Ndour, Rokia Traoré, Salif Keita, et parmi les aînés toujours Manu Dibango et Alpha Blondy) font salle comble et vendent des disques : la musique africaine, de tous les arts, est la seule à être devenue un enjeu économique… mais ses retombées sont essentiellement profitables aux compagnies et producteurs européens.

L’enjeu des industries culturelles

Là est le revers de la médaille. L’accueil de plus en plus favorable réservé, au Nord, à la culture contemporaine venue d’Afrique, si elle contribue à « doper » la création, reproduit la vieille tendance à l’extraversion qui pousse les artistes à s’exiler, partiellement ou totalement. S’il existe des causes structurelles (pauvreté, niveau d’éducation, marché de consommation insuffisant), les spécialistes soulignent aussi la faible prise en compte par les Etats africains de la dimension économique de la culture et de l’intérêt d’investir dans ce secteur.

En 2000, les ressources budgétaires affectées au secteur étaient partout estimées à moins d’1 %, tandis que son encadrement législatif reste faible, de même que l’effort de formation des artistes. Peu d’Etats parviennent à accueillir des manifestations d’une certaine ampleur : c’est le cas cependant du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou et du Salon international de l’artisanat au Burkina Faso, ou des biennales des Arts et des Lettres, au Sénégal, des Rencontres de la photographie de Bamako, ou du Marché des arts du spectacle africain (Masa), à Abidjan. En Afrique anglophone, il faut citer le festival multidisciplinaire organisé depuis trois décennies au Kenya sous l’égide d’une fondation privée, l’African Heritage. L’Afrique du Sud, elle, n’a pas réédité sa biennale d’art contemporain (1995-1997).

Le plus souvent, les bailleurs de fonds extérieurs sont sollicités, s’ils ne sont pas les principaux maîtres d’œuvre : ils interviennent ainsi pour plus de 60 % dans le financement de la Biennale des arts de Dakar, plus de 70 % dans celui du Masa ! Leur apport a permis, en appui à des initiatives souvent privées, un rapide foisonnement depuis au moins une décennie sur le continent de festivals de tous ordres, et d’intérêt fort inégal, s’agissant de musique, de théâtre ou de littérature. Mais cette présence massive des partenaires étrangers induit des dynamiques discutables. Les artistes vivent en partie de subventions et ne se soucient guère d’offrir des productions adaptées aux attentes du public africain ; en retour, faute de marché local pour l’art, ils ont pris le pli d’adapter leur création aux normes étrangères. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux… Thierry Perret

L’Europe conquise par les musiciens africains

(MFI) Salif Keita, Youssou Ndour, Manu Dibango, Césaria Evora ou Alpha Blondy sont les parrains d’une nouvelle génération qui sillonne l’Europe de scène en scène, apportant une part de rêve et d’évasion à un public européen en mal de dépaysement. Les grands festivals européens n’hésitent pas à programmer chaque année leur lot d’artistes du continent. Rokia Traoré, qui a produit elle-même son album Bowmboï, a réussi à décrocher un disque d’or en France grâce à ses spectacles et à séduire l’Angleterre, l’Allemagne et la Scandinavie. José da Silva, le producteur de Cesaria Evora, a signé de nombreuses licences de distribution pour sa diva en Pologne, en Russie, en Croatie, en Tchéquie ou en Bulgarie. Chaque année, à l’occasion du Midem, il n’est qu’à voir le nombre de contrats signés pour comprendre que la musique africaine est entrée dans la cour des grands. Même les stars de la scène rock européenne ont besoin de travailler avec les artistes africains. Damon Albarn, chanteur du groupe Blur et star de la pop anglaise, a réalisé voici deux ans un superbe album intitulé Mali Music avec Toumani Diabaté et Afel Bocoum. Manu Chao, lui, a travaillé avec le couple malien Amadou et Mariam à l’album Un dimanche à Bamako, numéro deux des ventes au mois d’août 2005 en France.

Car c’est là la tendance, pour les artistes africains : des rencontres multiculturelles avec des artistes européens de renom. Youssou Ndour l’avait bien compris, lui qui s’était ouvert le marché français en collaborant au milieu des années quatre-vingt avec Jacques Higelin, puis le marché anglo-saxon avec Peter Gabriel. Ce sont les duos qui contribuent à faire connaître les artistes africains. Libre à eux de reprendre ensuite leur autonomie pour une nouvelle carrière, parallèlement à celle qu’ils mènent au pays, dans la sous-région ou sur tout le continent. Mais entre les festivals qui se montent en Afrique, où ils servent de parrains à la jeune génération, et les contrats en Europe qui génèrent des recettes substantielles, il est difficile de répondre à toutes les sollicitations, et c’est toujours en Europe que les cachets sont les plus conséquents. De Budapest à Glasgow en passant par Bruxelles, Carhaix, en Bretagne, ou Montreux, des artistes africains sont à l’affiche de tous les festivals européens. Au Sziget de Budapest, les Touaregs maliens de Tinariwen partageaient l’affiche avec les Sénégalais Baba Maal et Youssou Ndour. Tiken Jah Fakoly poursuivait, lui, sa tournée entamée en 2004. Quant à Amadou et Mariam, à l’affiche de beaucoup des grands rendez-vous européens, ils représentent avec leurs chansons empreintes de gaieté et de simplicité une image positive de l’Afrique.

Pierre René-Worms


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